Une main au creux d’un rocher. Un pied sur un ressaut. Les muscles se tendent. Le corps se hisse. Yvan s’eleve. Sous son poids, les pierres tanguent. La roche n’est pas stable. A 300m du sol, la chute est impensable. Je frissonne. Pourquoi tant de risques? Pour la beaute d’une montagne perdue dans le Caucase, pour voir la Russie d’un peu plus pres, la Mer Caspienne d’un peu plus loin, pour effleurer le sommet d’un glacier qui s’eteint. Apres s’etre perdu dans un dedale de vires, nous voila au pieds du mur. Le soleil nous abandonne. L’escalade est inevitable. Ne plus penser. Se concentrer. Doucement apprivoiser le rocher. Decouvrir des renflements, des prises, des baquets pour se hisser. Yvan disparait derriere l’eperon. Le silence est lourd. Il nourrit de vieilles apprehensions. Je tatonne. Je me cramponne. Un passage delicat. Le corps en equilibre. Il suffit d’une seconde pour perdre confiance, se sentir glisser, s’abandonner dans le vide et partir sans rien dire. Il suffit d’une seconde pour ne plus penser, avancer et dire oui a la vie. Cette seconde est la plus belle du monde.