Il neige. Des millions de flocons tourbillonnent dans le vent. Caches derriere la fenetre d'une maison abandonnee, nous regardons defilee le convoi militaire. Une centaine de camions chinois se suivent a allure reguliere. Sur chaque camion, le drapeau rouge flotte au vent. Les jeunes militaires sont assis a l'arriere et se protegent comme ils peuvent du froid et de la poussiere. Certains dorment sur l'epaule de leurs voisins. D'autres regardent le paysage defile en pensant a la vie qui s'enfuie avec les annees. Meme s'ils portent une arme au creux de leurs bras, ils semblent bien fragile dans le vent et le froid. A travers la vitre cassee, nous les regardons passer. Ce n'est pas la brise glaciale qui nous fait frissonner, mais bien cette angoisse sourde qui nous etourdit a mesure que le convoi s'agrandit. On imagine ce qu'on ressentit les tibetains en regardant les camions chinois envahir leurs quotidiens. On imagine leur angoisse, leur haine, leur rage, leur lutte ou leur depit. On imagine leurs visages dores par le soleil fondre sous la neige. On imagine leurs sourires disparaitre sous la poussiere des camions militaires. Sous les flocons qui tourbillonnent, le convoi s'echelonne. Caches derriere la fenetre, on ne peut pas imaginer toute la souffrance qu'a pu endurer ce peuple en quete de liberte.