Parfois de gros nuages gris s'accrochent aux montagnes. Parfois des sommets disparaissent sous une tempete blanche. La neige est la. Devant nous, derriere nous. Elle nous guette et nous inquiete. Bien que la police chinoise ne semble pas menacer notre route jusqu'a Lhassa, la neige peut nous arreter. Ce matin, la montagne s'est reveillee sous un manteau blanc. On a pedale comme des gamins dans ce paradis emmitoufle de neige. Les roues ont laisses leurs traces dans quelques centimetres. Hier, elle nous a surprit au sommet de notre ivresse. Une ivresse douce et passagere nourrie par l'altitude apres avoir gravi sur nos deux roues un col a 4900 m. Alors que nous degustions quelques amandes en prenant le temps d'ouvrir les yeux sur un panorama merveilleux, la neige est arrivee et nous a vole notre gaite. Le froid nous a envahit, la panique aussi. La descente fut laborieuse et perilleuse entre les glissades dans les virages et les mains qu'on ne sentait plus. Sous des millions de flocons, nous avons devale la pente en quete de chaleur et de reconfort. Alors que nous etions si content d'avoir surmonte un col plus haut que le Mont Blanc, la montagne nous a montre l'ampleur de notre fragilite.