Une ville a deux temps parce que certains vivent a l'heure de Pekin et d'autres a l'heure du soleil ouighour. Une ville a deux temps parce que quelques pas sufisent a voyager dans le temps.
Il y a la vieille Kashgar, celle des petites ruelles en terre et des portes en bois, celle des bouibouis de quartiers et des ptits marches, celle qui a garde toute la chaleur de son passe. Dans ses dedales de ruelles, la vie ouighoure s'exprime avec gaite. Grand est le plaisir de sentir sous ses doigts les murs en chaux, de se faire poursuivre par une floppee de yeux rieurs, de decouvrir le vieux quartier des artisans. Sous les coups de marteaux, deux morceaux de toles se transforment en fourneau. Petit a petit, la vieille Kashgar disparait a coups de buldozers chinois. Il suffit de traverser la grande avenue pour decouvrir une autre Kashgar. La moderne. Kasghar, la chinoise avec ses centres commerciales souterrains, ses immeubles annonymes, ses hotels de luxe. Les panneaux publicitaires recouvrent les facades. Les petits restos envahissent les avenues. La ville se maquille dans ses arbres en plastiques. Les couleurs eclatent. Les enseignes fleurissent. La ville fourmille de jeunes presses de consommer, de chinois au fort pouvoir d'achat, d'anciens qui marchent avec un ecran plat sous les bras. Parce que la Chine veut uniformiser son territoire, elle fait de Kashgar une ville ultra moderne et brule le passe d'un peuple rebelle.