Il est 5H30. Nous nous reveillons en sursauts. Il est tard, si tard. La lumiere du jour pointe a l'horizon. Vite! Les sacs sont plies, les sacoches refermees, les cyclos sur les velos. Vite! Le jour arrive a grands pas. La nuit s'en va. Il faut qu'elle nous protege, qu'elle nous dissimule le temps de passer la barriere. La police chinoise est severe la route du Tibet est interdite aux etrangers. Nous avons trop entendu cettre phrase pour ne pas fremir d'angoisse. Cette fois nous sommes au pied du mur. Le chekpost se situe au kilometre 25. Nous prenons la route au kilometre 13 en depassant une camionnette stationnee sur le bas cote. Un homme s'est arrete pour prier. Sa silhouette qui se courbe dans la nuit proclame la grandeur d' Allah. Le silence nous envahit. Km 15. La pente se redresse. De bon matin, c'est deja la course contre le vent dans les longs plats montant. Km 20. Les roues tournent. Les pensees bouillonnent. Le jour se leve. Nous sommes a decouvert. Km 22. Des camions militaires nous depassent dans un bruit d'enfer. Km 23. On ne sent plus ni la fatigue, ni le vent. On ne sent qu'une angoisse sourde et profonde qui grandit a chaque tour de roue. Km 24. Au loin, des peupliers, des baraquements, un drapeau chinois qui flotte au vent. Au loin, la reponse a nos tourments. Km 25. Pas de barriere, pas de militaire mais seulement une route belle et large qui nous offre la liberte de decouvrir le Tibet sacre.