La lueur du petit jour reveille doucement la vallee plongee dans un brouillard d’humidite. Ici, a Khulo, il fait toujours gris. Parce que la mer est trop proche et que les montagnes sont trops hautes, la pluie est le quotidien de chaque matin. En route pour une montee de 30 kilometres, nous roulons avec insouciance. Nous desenchantons vite lorsque la route lisse et goudronnee fait place a une piste boueuse et caillouteuse. Les velos avancent avec peine. Les gardes-boues s’encombrent. La chaine couine. La pente se dresse. Le moral baisse. Mais le pire ce n’est pas de voir les velos disparaitre sous la boue, ni de se sentir perdu dans un col interminable. Non! Le pire, c’est d’affronter le regard de ces hommes et de ces femmes qui depuis leurs fenetres ou assis sur le palier, nous regardent avec toute l’incomprehension du monde. A quoi cela sert-il d’avancer dans la boue tels des limaces, charges comme des anes? Nous lisons dans leurs yeux l’absurdite de nos efforts. Nos sacoches s’alourdissent de tristesses de savoir que notre peine est vaine. Parmis les sombres regards, il suffit d’un sourire pour se sentir repartir. Le sourire enthousiaste d’un homme assis dans un fauteuil roulant qui comprend a quel point c’est important d’aller au bout de ses reves d’enfant.