Niet! dit-il en souriant. Nous sommes sideres. Niet! continue-t-il en nous faisant signe de repartir en arriere. Nous avons les jambes coupees. Incroyable! Ce douanier veut nous empecher de prendre la route du Pamir simplement parce que notre permis sur son poste de controle n'est pas ecrit. Sous son kepi, il joue de son autorite. Sur nos velos, nous sommes eberlues. Il a fallu passer une semaine a Dushanbe pour rassembler une montagne de papiers, s'enregistrer a l'OVIR, courir d'ambassades en ambassades, se faire claquer la porte au nez, supporter les disgraces de l'administration, vider son porte monnaie pour que Monsieur nous dise que nous n'avons pas le bon permis. Il a fallu revenir a Dushanbe, s'entasser dans un bus bringuebalant, telephoner a droite, a gauche, faire des virements, negocier pour obtenir ce fameux permis... Tout ca pour s'entendre dire:"Mon poste de controle n'est pas mentionne sur le papier. Vous ne pouvez pas passer" Pour satisfaire Monsieur, il nous faudrait redescendre a Khorog, frapper aux portes un jour de conje, parler durant des heures pour expliquer notre malheur. Impossible pour nos jambes bien fatiguees et pour notre patience extenuee. Yvan entend encore son pere lui raconter de vieilles histoires de l'armee. " Les plus mauvais sont les grades. Ils abusent de leur autorite pour agir avec mechancete"A l'arrivee du superieur nos coeurs battent plus fort. Ultime espoir de ne pas faire demi tour. Notre joie eclate lorsque la barriere s'ouvre. Nous nous elancons sur la route du Pamir le coeur remplie de promesses a venir...