Les arseaux de la tente se ploient sous les bourasques. L'angoisse est la, bien presente, bien pesante. Le glacier craque. Plante sous les seracs, nous ne sommes pas fiers. Quelle betise d'avoir prefere le sable a la neige, le soleil a l'ombre? Au pied de la face nord de l'Everest, a plus de 6000 metres, nous etions fatigues. Nous avions froid. Ce petit coin de soleil nous tendait les bras. La tente installee, le coeur repose, le piege se referme. Les seracs nous surplombent. L'imagination vagabonde. A tout moment, ils peuvent tomber. A chaque instant, ils peuvent nous ecraser. Nous pensons aux jeunes guides qui ont disparu il y a quelques annees au dessus de Chamonix. Ils connaissaient si bien la montagne et pourtant les seracs ne les ont pas epargnes. Et nous, nous sommes la... a attendre que la nuit passe, que la glace casse et que nos coeurs trepassent. Le plus dur dans tout cela, ce n'est pas s'abandonner pour un sommeil d'eternite mais penser a ceux qui vont rester dans le souci sans savoir ou nous sommes parti...