Nous avancons lentement dans la neige, la nuit et le vent.Tel deux naufrages surpris par la tempete, nous voguons dans l'immensite d'une nature dechainee. Les mains se crispent sur le guidon. Les jambes sont fatiguees de tourner en rond. Ultime lutte contre les elements. Ultime espoir d'apercevoir la lueur d'un phare. Plus les heures passent, plus nos pensees s'obscurissent. Dans le desespoir qui nous saisit, il suffit d'une petite bougie pour vaincre nos demons noirs, il suffit d'une rencontre hasardeuse pour passer une nuit chaleureuse. Les velos s'arretent devant la maison de terre. Tremblant de fatigue et de froid, nous penetrons la porte en bois. Elle s'ouvre sur la magie d'une scene de vie. Une maman allete son enfant a la chaleur du vieux fourneau. Blottit au creux de son sein, ce petit brin de vie se perd sous les couvertures. Malgre sa bosse qui lui brise le dos, son mari s'active autour du fourneau. Pendant que sa femme nourrit d'amour un petit etre de quelques jours, il balaye, nettoie les casseroles, remplit la bouilloire, donne a manger aux affames. Dans un coin de l'unique piece, un petit garcon mordille un morceau de yack seche qui semble plus appetissant que tous les chocolats du monde entier. Lorsque les paupieres se remplissent de sommeil, les couvertures se deplient. Autour du fourneau, sur les meubles colores, chacun trouve son petit coin ... Entre reve et realite, la nuit sera rytmee par les cris affames de l'enfant des neiges glacees.