Alors que le soleil couchant caresse les sommets blancs, nous pedalons la tete dans le guidon. Nous sommes epuises d'avoir rouler a plus de 5000m toute la journee. Le village se dresse au loin, la promesse d'une nuit reposante et reconfortante nous aide a avancer. Derniers coups de pedale, derniers efforts sur une piste cahotique. Cela nous semble durer une eternite. Enfin les maisons en terre! Enfin les maisons aux toits plats! Sans savoir ou aller, nous nous dirigeons vers une porte en bois. Nous frappons avec hesitation. Surprise! Alors que nous pensions decouvrir le visage affable d'un chinois, la porte s'ouvre sur une femme aussi jolie que les montagnes. Son visage s'illumine d'un sourire aussi beau qu'un croissant de lune. Coloree de la tete au pieds, ses cheveux noires tresses en couronne chante le Tibet. C'est alors que nous nous retrouvons devant le vieux fourneau a ecouter crepiter les bouses de yacks seches. C'est alors que toutes les vieilles lectures, les memoires d'explorateurs, les reves d'enfant deviennent realite parce que tout simplement le Tibet est la, sous nos yeux, devant nos pas, dans le regard de ce vieux au visage brule par le soleil, dans ce the au beurre de yacks et dans ces drapeaux de priere qui flottent au vent. Entre le pot de beurre et la vieille bouilloire, nous nous ecroulons de fatigue. Ecrases par le poids des couvertures, seuls nos reves s'envolent tres loin berces par les rires joyeux des tibetains.