Les grains d'orge grille s'ecoulent lentement du sac en toile. Un par un, ils disparaissent entre les deux pierres qui tournoient sur elle meme. Sous les yeux patients du meunier, au creux d'une pierre sculpte en forme d'osier, apparait doucement la farine de tsampa, l'alimentation traditionnelle des tibetains. Il en faut des heures pour remplir un sac de toile. Il en faut du temps pour combler le ventre des gourmands. Le long du canal, dans son moulin en terre séchée, le meunier n'a pas d'heures et pourtant il est toujours occupé. Ce meunier là, il ne dort pas... Il travaille. Décharger les sacs d'orge grillé, alimenter le moulin en grains, ficeler les sacs de farine, accueillir les etrangers, casser la glace qui menace de tout casser... Au coeur de la nuit,lorsque le froid s'installe, lorsque le gel guette le canal, le meunier quitte son lit de paille, s'emmitouffle de sa veste en peaux de mouton, quitte le moulin avec son baton. Penché sur l'eau gelée, avec la lune pour seule lumière, il brise la glace pour que la roue du moulin puisse continuer à moudre le grain. Une fois le travail accompli, il se glisse delicatement aux creux de son lit pour rever a son doux paradis.