Elle aurait pu être tranquille cette route qui longe le torrent dans une vallée verdoyante et encaissée. Mais non ! Nous roulons dans le bruit et la poussière. Des centaines de camion défilent en procession. Ils transportent des montagnes. Entre la mer et le chantier, ils vont et viennent avec leurs remorques remplies de graviers tasses par un gros rocher. A chaque virage, nous manquons de nous faire écraser. Une pierre mal positionnée, des freins mal règles, il suffit de peu pour monter aux cieux. Certains s’écartent, d’autres nous frôlent. La route en piteuse état ne facilite pas les choses. Au détour d’un virage, nous levons les yeux sur le chantier. Epoustouflant ! Une fourmilière mécanisée ou les camions et les tractopelles creusent la montagne pour la réduire en poussière. Des avalanches de pierres dévalent les pentes. Les godets se remplissent. Les remorques s’alourdissent. Tous n’ont qu’une idée, transporter la montagne jusqu'à la mer. Pourquoi ? Pour combler la mer de gravas, pour construire une double voie, pour intensifier le trafic au nom du pétrole roi. Chantier titanesque, projet dantesque pour ceux qui se croient plus fort que la nature et qui font pleurer la terre d’une irréparable blessure.