Il est 5 heures. Sofia ouvre les yeux avec la lueur du petit matin. Sans meme regarder par la fenetre, elle sait que les carreaux sont recouverts d’humidite et qu’un manteau gris habille la vallee. Elle reveille sa soeur qui dort a ses cotes. Calmement, elle enfile sa jupe longue, sa veste et ses bottes encore humide de la vieille. Elle se depeche. Le camion l’attend. Comme tous les matins, le camion emmene ces femmes jeunes et moins jeunes sur les routes sinueuses des plantations de the. La pente est raide. Le camion peine. Au sommet d’un virage, il s’arrete pour offrir aux femmes la douleur de leur labeur. Il faudra tenir en equilibre dans des pentes vertigineuses pour couper a longueur de journee les feuilles de the vert. Les arbustes ecorchent les mollets. Les bottent glissent dans la boue. Les habits sont lourds d’humidite. Des rires, des chants s’elevent des plantations. Les sacs de toiles se remplissent. Un noeud bien place et voila un baluchon de 50kg rempli de feuilles de the. A deux, elles se brisent le dos pour le fixer au crochet d’une tyrolienne improvisee. A l’aide d’une Pierre, le tapotement du cable remplace le portable. Le signal est passé. Sous l’action de la pesanteur, le sac de the devale la pente a fond a l’heure. D’un bruit sec et sourd, il s’ecrase contre le pneu de la poutre en bois. Des hommes sont la pour le recupere. Des mains aux camions, des camions a la fabrique, les feuilles de the sont decoupees, sechees, empaquetees et distribuees dans toute la Turquie. Trois fois dans l’annee, la petite cueilleuse de the recolte un salaire de peines et de douleurs.