Pour respecter les délais des visas et pour prendre le temps dans les fermes WWOOF et l’accueil paysan de Tbillissi, il a fallu faire un saut de bus. En Turquie, rien de plus facile. A peine arrive a l’otogar de Kayshir que nous voila devant le bus pour Erzurum, le ticket a la main et la mine encore défaite de nos 100 kilomètres. Les soutes s’ouvrent. La place manque. Les vélos sont encombrants. Le chauffeur n’est pas content. Le vendeur a son argent. Yvan se démène dans tous les sens pour calmer l’ardeur des Turcs a vouloir tout caser sans prendre le temps d’organiser. Efficacité et rapidité, les vélos sont cales au milieu des valises et des bagages. Berces par les routes de l’Anatolie Centrale, nous passons la nuit a rêver a de nouvelles contrées. Aux premières lueurs d’un jour prometteur, nous ouvrons les yeux sur la douceur des montagnes et la quiétude des troupeaux. Nous retrouvons a peine nos esprits que le chauffeur s’arrête pour nous déposer sur une route déserte au cœur d’une vaste vallée. Il faut faire vite. Les vélos, les sacoches se retrouvent en vrac sur le bord de route. Le bus repart tranquillement. On se regarde en souriant. Le sourire se transforme en grimace lorsqu’Yvan s’apercoie qu’il manque une sacoche. La course poursuite commence entre le bus qui disparaît au loin et Yvan qui grandit ses foulées, allonge ses bras, crie son désespoir pour que le bus veuille bien s’arrêter. A travers la vitre arrière, il a fallut le temps que l’enfant sourie en voyant courir un curieux monsieur, qu’il le montre a son père, que son père le dise au chauffeur pour qu’enfin le bus veuille bien s’arrêter après 400 m de course effrénée. Le cœur a 200 a l’heure, Yvan n’a plus de jambes. La joie l’envahit lorsqu’il retourne vers Delphine la sacoche sous le bras. Il a le sourire victorieux de celui qui est allé au bout de lui-même pour sauver le voyage d’un triste naufrage.